EXTRAIT DU TOUR DE FRANCE 2020 IMAGINÉ CHAPITRE 19

Publié le par Cédric et Patrick BERNARD

Figure 1

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Pour l'extrait, la mise en forme sur le blog ne correspond pas à la mise en forme dans le livre.

 

 

Dans tous les arts, le plaisir croît avec la connaissance que l’on a d’eux. Ernest Hemingway

 

 

Chapitre 19

Éventails et bordures des Garrigues au Pays d’Aigues

 

Mardi 29 septembre

15ème étape : Alès – Gréoux-les-Bains 184 km, 1000 m de dénivelée

Étape de sprints

 

Un mot.

Un mot revient sur toutes les lèvres depuis hier soir. Dans les encadrements, chez les coureurs et les organisateurs, dans le public éclairé, tous n’ont qu’un mot à la bouche : « vent. »

Il pèse sur la course avant même le départ :

  • L’appel a été retardé de 12h30 à 13h, pour un baisser de drapeau décalé de 12h45 à 13h30.
  • Il n’y aura pas de départ fictif mais un départ réel immédiat, quai des Prés Rasclaux. Des sas ont été improvisés. L’aire de départ a été marquée de 181 segments de 1 m de large, numérotés de gauche à droite et de l’avant vers l’arrière. Il y a 5 segments par rangée, soit une place par coureur, donc 36 rangées, séparées de 3 m, suivies de la lanterne rouge, accessoirement maillot vert.
  • Malgré les meurtrissures musculaires et articulaires héritées des deux étapes cévenoles, tout le peloton sans exception s’échauffe sur home-trainer dès 12h20. L’ouverture aux installations du square des Prés Rasclaux est appréciée, tant par les coureurs que par les habitants et pensionnaires des résidences, qui les détaillent depuis leur balcon.  

 

La tension est grande quand, tout le monde en place, le compte à rebours des dernières minutes est enclenché.

Quatre hommes sont dans leur élément : le grand champion de VTT Nino Schurter, les as du cyclo-cross Wout Van Aert et Thomas Pidcock, et bien sûr l’unique Mathieu Van der Poel, crack dans les deux disciplines et aussi sur la route. Le départ en masse au sprint arrêté est une spécificité de leurs disciplines tout terrain.

À l’exception d’une petite minorité d’avertis, les téléspectateurs en apprennent encore un peu plus sur la course cycliste : de voir les athlètes prêts à s’élancer comme si l’arrivée était à 200 m alors qu’elle est à (presque) 200 km augmente encore leur fascination pour les Géants de la route. Dans les salons, les plateaux repas sont débarrassés, seuls les verres et une carafe d’eau bien remplie sont restés sur les tables basses. Les téléphones sont coupés, les ordinateurs éteints. « Do not disturb ! »

 

« Messieurs, bon vent ! Ou plutôt : bon Mistral ! », se permet de lancer Freddy Maertens à ses lointains successeurs, le pistolet de départ bien en main.

L’ordre de délivrance n’est pas donné avec un drapeau, jugé trop mou, mais au pistolet, dont le claquement sec libère les lévriers à l’heure exacte.

Rive droite du Gardon, le sprint de la meute est impressionnant. Les bonnes places prises, deux problèmes se posent : se regrouper avec ses équipiers, conserver la position. Mais les mal placés veulent leur prendre. En conséquence, ça frotte. Sélection. Après 2 km, la montée sur le Pont de l’Appel du 18 juin est le lieu d’une première cassure. Définitive. 60 coureurs sont déjà dans une course dont le seul but est de rentrer dans les délais.

Encore 2 km et le coup de cul de la bifurcation à droite sur la Route d’Uzès rejette 40 autres coureurs qui, jamais, ne reverront ceux qui les précèdent. Manquent à l’appel, Simon Yates, Gino Mäder et Ilan Van Wilder, respectivement 12ème, 22ème et 25ème du général. Ils n’ont pas commis une faute de placement ou de concentration, ils ont juste été battus dans une course aux multiples facettes. Ils ont été dominés, de fait, par plus forts qu’eux à l’instant t. Là est la seule vérité de la course cycliste.

Large, rectiligne d’orientation est-sud-est, la route est balayée par un fort vent de ¾ dos très propice à une course de bordures. Les lois de la nature s’imposent. Dans une bagarre indescriptible, mais sans chute, un premier éventail s’esquisse.

 

 

À l’avant, Nacer Bouhanni a livré un sprint long (600 m) ; phase 1. Quand il s’écarte (recule), Rémi Cavagna fait rougir le 11 dents. À 65 km/h, phase 2, il ouvre un large éventail composé, derrière lui, de Benjamin Thomas, Julian Alaphilippe, Wout Van Aert, Remco Evenepoel, Tony Martin, Peter Sagan, Philippe Gilbert, Kasper Asgreen, Mikkel Bjerg, Soren Kragh Andersen. Pour son malheur, Bouhanni ne parvient pas à le raccrocher. Après 500 m, le TGV de Clermont initie une première rotation transitoire à quatre en tête de formation avec Thomas, Gilbert et Asgreen, des experts ; phase 3. Aux premières loges, les gamins Evenepoel et Bjerg apprennent le métier.

 

 

Deux kilomètres plus loin, Cavagna constate la création d’une cassure 50 m derrière l’éventail. Il se laisse glisser derrière le second de cordée qui prend sa place, descend derrière l’éventail en hurlant : « on tourne ! » Thomas le suit, puis Asgreen, Gilbert, Alaphilippe, jusqu’à Kragh Andersen qui, fermant la marche de l’alignement oblique, leur ouvre successivement la porte. Une deuxième rotation transitoire est en place ; phase 4.

 

Tout le monde passe sauf un.

Chacun ...

Figure 2

Figure 2

Tour de France 1934. 14ème étape Montpellier – Perpignan. Le maillot jaune Antonin Magne mène le premier éventail. Les six premières places sont occupées par les rescapés de l’Équipe de France. La Tramontane souffle de l’arrière-droite (des coureurs). L’éventail est orienté vers l’avant-droit (des coureurs).

Tour de France 1934. 14ème étape Montpellier – Perpignan. Le maillot jaune Antonin Magne mène le premier éventail. Les six premières places sont occupées par les rescapés de l’Équipe de France. La Tramontane souffle de l’arrière-droite (des coureurs). L’éventail est orienté vers l’avant-droit (des coureurs).

Publié dans Extrait

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