EXTRAIT DU TOUR DE FRANCE 2020 IMAGINÉ CHAPITRE 4

Publié le par Patrick BERNARD

Route des Crêtes des Vosges

Route des Crêtes des Vosges

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Chacun donne tout ce qu’il lui reste. Et quand on donne tout ce qu’on a, l’injustice est plus dure encore à accepter.

À 12 km du but, David Gaudu a crevé de la roue avant. Bien maîtrisé, le dépannage a été ultra-rapide. Une quinzaine de secondes tout au plus, freinage et relance inclus. Ce n’est rien.

C’est énorme. Il était à 100 m des deux premiers. Il se retrouve 50 m derrière les deux poursuivants, soit quatre secondes à cet endroit légèrement descendant. S’il en reprend deux avant la remontée qu’il aperçoit à 500 m, il entre dans l’abri, juste un peu mais ça suffirait pour combler les deux autres. Mais Sivakov et Kruijswijk, qui l’ont dépassé en trombe, savent cela aussi bien que lui. Dans le cyclisme d’avant, Gaudu prenait le sillage de la moto intercalée et l’affaire était pliée. Ça, c’était le métier avant ce Tour de France. Mais le virus a engendré des modifications sociétales jusque-là, jusqu’à cette confrontation internationale à bicyclette sur la Route des Crêtes des Vosges.

Embarrassé par la présence de petits groupes lancés plein pot un peu partout, le pilote de la moto ne se range pas derrière le coureur. Il se contente de serrer au bord de la route, à l’intérieur du prochain tournant, en accélérant pour créer une distance. Il sait que la trajectoire naturelle du cycliste doit le conduire à l’aborder à l’extérieur pour, ensuite, viser le point de corde. Mais, dans un réflexe conditionné par 10 années de pratique de la compétition, David Gaudu prend le sillage de la moto pour combler les deux secondes décisives, pénétrer dans le cône d’aspiration et coller à ses deux adversaires.

Impitoyablement, la scène est diffusée sur des centaines de millions d’écrans, et enregistrée. Elle est magnifiquement filmée d’hélicoptère, et sera décortiquée par des dizaines de milliers de professeurs de sciences physiques devant leurs élèves.

Comme est observée l’intervention de la moto d’un commissaire. Au signal du drapeau, Gaudu est sommé de s’arrêter, descendre du vélo, et attendre 10 secondes (qui lui paraissent 10 minutes) le signal de sa libération.

Le natif de Landivisiau convoitait la victoire, il se retrouve derrière le troisième groupe, juste devant Warren Barguil, qui le reprend.

Dans une réaction de refus de l’injustice, le Breton du nord se met alors au service du Breton du sud. « Ils m’ont volé la victoire, tu vas la leur reprendre », hurle-t-il au natif de Hennebont.

Les images montrent alors le duo breton revenir sur le trio intercontinental composé de Vlasov, Mäder et Martinez, le dépasser sans coup férir dans une bosse, puis rejoindre Sivakov et Kruijswijk au pied de la montée finale au Hohwald, où Barguil place une attaque et s’isole à la poursuite de Pidcock et Ciccone.

La France est debout.

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Publié dans Extrait

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